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Eglise Saint Benoît Labre

La façadeNous sommes en 1883 … un moment faste pour l’église . A St Pierre-St Paul, il faut célébrer jusqu’à 8 messes le dimanche, tant les fidèles sont nombreux. Il n’y avait à cette époque, à l’emplacement actuel de l’église Saint Benoît qu’une simple chapelle qui appartenait aux sœurs de la Sainte Enfance, des sœurs qui tenaient l’école Ste Colombe.

St Benoît est une des plus humbles églises de quartier de la ville de Lille, avec son simple manteau de briques et son minuscule campanile ; elle n’en impose pas face à ses voisines qui sont St Pierre-St Paul, la paroisse mère, et St Joseph aujourd’hui détruit et réduit à l’état de chapelle.

Cette église de style roman, fut bénite par le chanoine Carton le 22 novembre 1889. Elle servit d’abord aux sœurs de la Sainte-Enfance comme chapelle privée. Or peu à peu, on habitua les enfants et les fidèles du quartier à la fréquenter. Elle fut dédiée à St Benoit Labre, ce saint né à Amettes dans le Pas de Calais. Un saint qui fut un S.D.F. de son temps ; il était bien en place dans ce quartier.

Benoît Labre

« Benoit Labre…connait pas ! » c’est la réponse d’un jeune du quartier de Wazemmes à qui je posais la question. ; Il est vrai que cet homme né en 1748 à Amettes dans le Pas de Calais, il y a quand même 260 ans, a eu le temps de se faire oublier.
Pour le situer, disons qu’il a vécu au « siècle des lumières » : Montesquieu, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau. Ajoutons qu’il est mort six ans avant la prise de la Bastille .
De son temps, Benoit était considéré comme un vagabond. Ne le surnommait-on pas le « vagabond de Dieu. », « l’ermite pèlerin », et même parfois « le pouilleux d’Amettes » !
A l’âge de vingt ans il décide de rentrer dans la solitude d’un cloitre mais personne ne veut de lui. Partout on lui reproche son jeune âge et « sa sauvagerie inculte et malpropre ».
C’est alors que se révélera sa véritable personnalité. Ramant à contresens, il vouera sa vie à Dieu en faisant des pèlerinages à travers toute l’Europe. En parfait SDF de son époque, il passera dix années sur les routes dans des conditions misérables. Il ira jusqu’au bout des épreuves, des humiliations, des privations, de la route, de sa foi… Arrivé à Rome en 1779, exténué et malade, il ne quittera plus cette ville et s’effondrera sur les marches (en 1783) de l’église Sainte-Marie des Monts en ne laissant derrière lui qu’une immense ferveur.
Si à mon tour je vous posais la question, aujourd’hui, 225 ans après sa mort, Benoit Labre peut-il intéresser les gens d’aujourd’hui ? A-t-il encore quelque chose à nous dire ? Nous serions surpris de ne pouvoir répondre : « comment ce pauvre qui connut le mépris, comment ce vagabond dont on se moquait, ce mendiant qu’on chassait, connut à sa mort une si grande popularité ?
Sans doute reconnaissaient-ils en ce pauvre UN HOMME HABITE PAR DIEU.
En notre siècle préoccupé de sécurité, de confort, d’efficacité, ce vagabond dérange nos certitudes un peu courtes.

Les sœurs avaient fait installer au dessus du maître-autel une statue de N.D. de Pellevoisin. A droite, se trouvait une reproduction de la grotte de Lourdes (aujourd’hui disparue) ; à gauche, les fonds baptismaux ; le maître autel était en marbre blanc ; le tabernacle en bronze doré représentait le Christ, bon pasteur, portant sur ses épaules l’agneau égaré ; le banc de communion, en fer forgé, était l’œuvre d’un paroissien ; les peintures derrière l’autel représentaient des anges portant les clous, la lance , le vêtement de Jésus et le linge avec lequel Véronique avait essuyé le visage de Jésus sur le chemin du calvaire . Et au dessous, comme pour rappeler l’enracinement de la paroisse, un plan des rues où vivaient les 12.000 habitants du quartier.

Un vitrail

Au fur et à mesure des années, le chœur a retrouvé un aspect moins sévère. Les portes en bois et fer forgé des confessionnaux ont trouvé place sur les murs autour du maître-autel, ainsi que des portraits peints de St Benoit Labre et une tapisserie retraçant les grandes étapes de sa vie.

Aujourd’hui, 125 ans après sa naissance, l’église St Benoit se porte bien. Les vitraux ont été refaits et la cloche a été réinstallée dans un clocher tout neuf.

Mémorial pour les personnes qui sont mortes à la rueL’abbé Arthur, assomptionniste, s’est pris d’amour pour ce quartier et de nombreux fidèles très actifs se sont investis pour faire vivre ce lieu. Les voisins, la communauté de Magdala, à l’image de Benoit Labre, en ont fait un lieu de vie et de prière en union avec le saint.